Clara Loukkal
Composer l'espace par le vide
Analyse comparée des formes de l’espace libre.
Composer l’espace par le vide est un travail de recherche doctoral mené par Clara Loukkal sous la direction de Sébastien Marot (OCS), qui interroge la place fondamentale du vide dans l’histoire et la pratique du paysage, de l’urbanisme et de l’architecture. Loin d’être une simple absence ou un résidu du bâti, le vide apparaît comme un élément structurant, porteur de sens et de formes, au cœur de la composition des villes et des paysages.
Depuis les bosquets de Le Nôtre jusqu’aux clairières contemporaines dessinées par Michel Corajoud, en passant par des figures emblématiques comme le Palais-Royal, l’histoire urbaine et paysagère est jalonnée de dispositifs où le vide joue un rôle central. Le végétal, l’eau ou le terrassement, souvent analysés comme des éléments positifs du projet, révèlent en creux une volonté constante de faire exister le vide. Celui-ci oscille selon les contextes entre préservation, qualification, protection ou amplification, et relève d’un ordre structurel comparable aux silences en musique ou aux blancs dans les arts plastiques. En écho aux réflexions de Debussy et de Miles Davis sur le silence, la recherche pose l’hypothèse que le vide pourrait constituer l’essence même du paysage et de la composition urbaine, en tant que condition d’unité et de coexistence entre des éléments disparates.
Cette hypothèse s’inscrit dans un contexte contemporain marqué par une difficulté croissante à « défendre l’espace ouvert », selon l’injonction formulée par Michel Corajoud. Les espaces publics sont aujourd’hui soumis à des logiques de remplissage, de programmation et de segmentation croissantes, visant à anticiper et assigner chaque usage. La peur du vide — associée à l’appropriation informelle ou jugée indésirable de l’espace — conduit à une saturation programmatique qui peut aller jusqu’à excéder la capacité même des sites, comme l’ont mis en évidence Koolhaas et Tschumi lors du concours du parc de la Villette.
La problématique centrale de la recherche repose sur le paradoxe du vide, défini comme absence dans le langage commun, mais revendiqué par les paysagistes comme une matière de projet. La thèse cherche ainsi à comprendre comment le vide est défini, pensé et mobilisé par les concepteurs, et comment sa forme, son échelle, son rôle et sa fonction évoluent à travers les époques. Existe-t-il des figures spécifiques du vide selon les périodes historiques — antique, Renaissance, baroque, moderne, post-moderne — et quels héritages persistent dans les pratiques contemporaines ? Le morcellement actuel des espaces ouverts constitue-t-il une rupture historique vérifiable ?
La recherche interroge également les conditions d’existence du vide : doit-il être délimité, homogène, agrégé, ouvert au regard ou cadré par des formes bâties ? Ces questions se prolongent dans une réflexion sur les différences disciplinaires entre architectes, urbanistes et paysagistes, tant dans la conception que dans la représentation du vide.
La méthodologie s’organise autour de trois axes complémentaires : une analyse théorique des textes et discours, une étude morphologique des formes du vide à travers des analyses comparées dessinées, et une analyse des modes de représentation du vide dans les documents graphiques et iconographiques. À terme, cette recherche vise à établir une typomorphologie des vides urbains, afin de caractériser un mode de fabrication de la ville fondé sur le fait de structurer sans remplir et de transformer sans encombrer.
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Cadre du doctorat
◖ Direction de thèse
Sébastien Marot (HDR)
laboratoire OCS, Ensa Paris-Est
◖ Institution de rattachement
09.2024-en cours
Thèse auto-financée
◖ Environnement de recherche
Laboratoire OCS
Université Gustave Eiffel
Ecole Doctorale n°528 VTT
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Sur la recherche
◖ Mots clés
Vide urbain
Morphologie urbaine
Composition paysagère
Espaces publics
Analyse spatiale
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Illustration →
Robert Auzelle, Ivan Jankovic, Documents d’urbanisme puis
Encyclopédie de l’urbanisme, Paris, Vincent Fréal, 1947-1967