École d’architecture
de la ville & des territoires
Paris-Est

The Poetics of Reason

L’équipe enseignante du master Architecture & Experience est commissaire de la Triennale de Lisbonne

The Poetics of Reason
Cinq expositions pour une réflexion cohérente

© Éric Lapierre, mai 2019

The Poetics of Reason affirme que l'architecture repose sur la raison.
Afin de se constituer en discipline autonome, en particulier à partir de la Renaissance à Florence, où elle a pour la première fois été instituée en tant que concept opératoire, l’architecture est devenue réflexive. C’est-à-dire que, d’une certaine manière, les liens entre les différents bâtiments d’un architecte, ou entre les bâtiments d’architectes différents, sont devenus aussi importants que les bâtiments eux-mêmes. Ainsi, le champ architectural a pris l’apparence d’une grande discussion par-delà le temps et l’espace.
Pour que cette discussion puisse avoir lieu il convient que l’architecture soit organisée en tant que savoir constitué. Pour ce faire, ce savoir s’est élaboré au cours du temps autour d’une série de questions théoriques qui permettent conjointement de donner un sens aux formes des édifices, et de définir des processus de mise en forme même de ces derniers.
Dans le cycle historique qui est le nôtre, caractérisé par le fait que l’architecture ne repose plus sur un vocabulaire unifié comme par le passé, The Poetics of Reason entend montrer comment l’architecture peut demeurer le médium culturel sophistiqué qu’elle a toujours été : comment elle peut parler sans langage, c’est-à-dire en explorant ce qui constitue sa spécificité profonde en tant que médium singulier.
Par ailleurs, dans la condition ordinaire contemporaine, qui se caractérise par la construction d’une grande quantité de programmes non exceptionnels – logements, équipements locaux, bureaux, etc. – construits avec peu de moyens financiers et techniques, et dont les architectes n’ont plus le pouvoir de contrôler la totalité de la conception comme ils l’avaient auparavant, l’architecture s’exprime plus à travers les idées qu’elle met en place qu’à travers des dispositifs matériels et formels ouvertement exceptionnels.
The Poetics of Reason montre comment, plus que jamais, l’architecture est une discipline conceptuelle. L’ensemble des idées sur lesquelles elle repose fonde sa rationalité en tant que savoir transmissible. Cette rationalité est aussi la condition même de sa compréhensibilité par le plus grand nombre. Elle a donc une dimension politique et sociale : cette architecture permet de constituer une culture collective autour du monde bâti, culture vivante et active, comme l’a montré le récent incendie de Notre-Dame de Paris. Cette triennale 2019 est donc aussi une manifestation d’éducation populaire qui vise à dévoiler les rouages intimes d’une discipline qui fascine le grand public sans qu’il lui soit toujours aisé de la comprendre réellement.
Pour ce faire, The Poetics of Reason tente de définir la spécificité de la rationalité architecturale à travers cinq exposition qui, chacune, en explore une facette singulière, de l’économie de moyens à la manière dont l’imaginaire des architectes lui-même se fonde sur une organisation rationnelle, de l’ornement à la manière dont la construction fonde l’expression architecturale, jusqu’aux questions environnementales qui constituent le nouvel horizon de la discipline.

Notre équipe de commissaires est l’équipe enseignante du master Architecture & Experience de l’école d’architecture Paris-Est. La proposition de l’équipe a été choisie parmi quarante-six autres candidatures reçues du monde entier et émanant pour la plupart d’intellectuels de très haut niveau. Le jury a souligné l’ambition et la solidité théorique de la proposition. Les étudiants du séminaire Architecture & Experience participent à cette recherche et leurs travaux seront exposés, bien que sous une forme modifiée pour des besoins de cohérence formelle, ce qui constitue pour eux une motivation.

Economy of Means étudie ce qui fait de cette catégorie à la fois une marque et une condition préalable d'une architecture rationnelle, c'est-à-dire compréhensible par le fait même que rien de superflu n'y est adjoint et que chaque élément peut être significatif. En réduisant les moyens utilisés dans un projet, les architectes explorent les limites et la définition de l'architecture elle-même. Et ceci, à son tour, leur permet de rester conceptuellement « modernes » au lieu d'élaborer des projets à partir du réassemblage inlassable de choses qui existent déjà, comme le post-modernisme le fait ad nauseam. S'appuyant sur un grand nombre d'exemples contemporains et historiques, l'exposition proposera une typologie des façons dont l'économie de moyens s'est exercée jusqu'à présent, et s'interrogera sur ceux qu'elle pourrait choisir d'explorer aujourd'hui, quelle que soit cette économie de moyens, qu’il s’agisse d’une économie de construction, de mesures, de répétition ou de moyens procéduraux. L’économie de moyens décrit toute démarche reposant sur une approche critique de ses propres moyens. Dans le contexte contemporain et à venir d’une raréfaction de nos moyens techniques et énergétiques elle est plus que jamais pertinente pour comprendre la nature profonde de l’architecture.

Agriculture and Architecture: Take the Country’s Side se penche sur la permaculture, un mouvement environnemental qui, depuis plus de quatre décennies, a exploré l'hypothèse d'une décroissance énergétique et ses conséquences sur l’aménagement et l’entretien des territoires. En mettant l'accent sur le rôle central que les systèmes biologiques pourraient jouer à nouveau dans l'économie et la société, la permaculture a développé des concepts et des stratégies pour imaginer une technologie postindustrielle basée sur une économie radicale d'énergie et de ressources matérielles. Dans une tentative de renouer le lien historique perdu entre l'architecture et l'agriculture, l'exposition mettra l'accent sur certaines des leçons que les architectes et les urbanistes contemporains pourraient tirer de toute cette école de pensée et d'action. D'une certaine manière, tout ceci va dessiner la possibilité d'un nouveau grand récit pour les temps contemporains.

Inner Space étudie comment l'imagination créative a été historiquement nourrie par une confrontation permanente avec la pensée rationnelle et comment les architectes et les artistes de différentes époques ont conçu des systèmes rationnels pour matérialiser leur propre univers visuel, physique et mental. La construction de l'imaginaire est remplie d'assemblages et de constructions conceptuelles, de domaines mentaux et physiques, d'arrangements spatiaux et théoriques. En analysant ces diverses sources, l'exposition vise à illustrer comment l'imagination architecturale jette les bases de tout travail architectural, des traités classiques à l'Internet et aux jeux vidéo. Et comment cette construction imaginaire permet, in fine, en retour à l'architecture de nourrir l'imagination de nombreux autres domaines qu'elle-même.

Qu'est-ce que l’Ornement ? étudie comment, après que le Mouvement moderne ait banni l'ornement de l'architecture, cette idée et ces préoccupations ont repris de la vigueur depuis l'après-guerre et sont devenues de nos jours cruciales pour la production rationnelle d'une architecture significative. L'exposition expliquera, à travers une série de sections thématiques montrant toujours ; à la fois des projets historiques et contemporains, comment l'ornement n'a en fait jamais complètement disparu et dans quelles conditions il peut encore exister de nos jours comme une question pertinente et essentielle, bien au-delà des assertions simplistes formulées ces dernières années à propos de l'ornement numérique.

Natural Beauty, à travers un concours d’architecture ouvert aux étudiants, l’exposition se penche sur la façon dont la rationalité constructive a été au cœur de l'architecture depuis des siècles et comment elle peut encore être pertinente dans la production contemporaine pour créer une architecture qui serait organique dans le sens où elle serait un système où chaque partie est liée au tout.

Ces expositions sont présentées dans différents espaces culturels de la capital Portugaise : MAAT – Central Tejo, Garagem Sul – CCB, MNAC – Museu do Chiado, Culturgest et Palácio Sinel de Cordes. La cinquième édition de la Triennale d’Architecture de Lisbonne inaugure du 3 au 5 Octobre, et se maintient aux portes ouvertes jusqu’au 2 Décembre de 2019.

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